Risques industriels

risques industriels Risques industriels

Plaidoyer pour l’intérêt général

Alors que nous avons suffoqué sous des canicules à répétition, « l’écologie à la française » a du plomb dans l’aile. Que vaut le label inventé par le président de la République face aux reculs des politiques environnementales ?


Ces six derniers mois plus de quarante mesures climaticides sont à déplorer. Sous prétexte de simplification ou sous la pression de groupes professionnels ou de l’extrême droite, le gouvernement multiplie les pas en arrière. La loi agricole Duplomb dénoncée par plus de deux millions de Français et partiellement censurée par le Conseil constitutionnel a été promulguée, légèrement modifiée, sans débat parlementaire. Est-ce ainsi que la démocratie s’exprime ? Face à ce constat, les associations de défense de l’environnement font bloc et appellent à « se réemparer de l’intérêt général ».


En Ile-de-France, nos associations sont de tous les combats : contre la prolifération incontrôlée des data centers, pour des plans de mobilité efficaces, pour lutter contre les impacts du changement climatique sur notre environnement et notre santé, pour préserver les sols… Car le coût socio-économique des pollutions environnementales est énorme, nous y consacrons le dossier de ce numéro. Beaucoup de chiffres y ont été compilés, c’est un peu aride, mais très éclairant. Les régressions que nous déplorons coûtent très cher. Comme ne cessent de le répéter les scientifiques, les mesures à courte vue conduisent à l’extinction des espèces, dont la nôtre.


Heureusement, dans ce tableau sombre, il y a aussi quelques lueurs
positives.
À Maurecourt, dans les Yvelines, une commune se donne les moyens de protéger, dans la durée, l’ensemble des terrains communaux.
À Alfortville, dans le Val-de-Marne, les habitants sont mobilisés pour prévenir les risques majeurs, dont les crues de la Seine et de la Marne.
À Saint-Maur, toujours dans le Val-de-Marne, le tribunal a tranché en faveur des associations pour protéger un chêne centenaire…
Liaison rend compte de ces avancées. Nous avons également de vrais motifs de satisfaction en ce qui concerne notre outil cartographique.
À l’heure où tous les plans locaux et intercommunaux d’urbanisme sont en révision afin de se mettre en cohérence avec le Schéma directeur (SDRIF-E), nous disposons de cartes précises qui nous permettent de peser dans les débats. La journée que nous organisons le 26 septembre, dans le cadre de la semaine de la biodiversité, en rendra compte. Comme nous le répétait souvent Jacqueline Lorthiois, à qui nous avons rendu hommage dans notre numéro de mars : on ne lâche rien !

Le Bureau FNE Ile-de-France

Sommaire

  • Couverture (p.1)
  • Brèves (p.2)
  • Edito : Plaidoyer pour l’intérêt général (p.3)
  • Val d’Oise : Butte d’Orgemont à Argenteuil, ‹action citoyenne fait reculer la mairie (p.4)
  • Seine et Marne : Fondation Terre de Liens, Confortation d’une ferme « nourricière » (p.5)
  • Essonne : Construction d’un poste électrique, une implantation à revoir (p.6)
  • Hauts-de-Seine : Les sites industriels du 92 plus « sensibles » que jamais (p.7)
  • Seine-Saint-Denis : Mobilité, la voiture tient toujours bon (p.8)
  • Paris : Place Félix-Éboué à Paris 12e, une rénovation à rebours des intérêts écologiques et locaux (p.9)
  • Val-de-Marne : PLUi de Grand Paris Est Avenir, incohérence et bétonnage ! (p.10)
  • Yvelines : Valoriser les déchets du bois, oui, polluer, non ! (p.11)
  • Dossier : Pollutions air, eau, sols et biodiversité, un gouffre financier (p.12-15)
  • Initiative : Maurecourt et FNE Ile-de-France coconstruisent un plan de sauvegarde (p.16)
  • Initiative citoyenne : Les eaux du plateau de Saclay en chemin pour Versailles ? (p.17)
  • Sols : Une directive européenne pour des sols en bonne santé en 2050 (p.18)
  • Energie : Les défis des distributeurs d’électricité RTE et Enedis (p.19)
  • A lire : (p.20)
    - Bien se préparer face aux inondations
    - Forêt et changement climatique
Couverture : cheminées d'usine et axe routier
Type de publication
Modalités de mise à disposition
Association
FNE Île-de-France
Référent

Le numérique comme les autres secteurs émetteurs de Gaz à Effet de Serre doit agir sur le volet de la sobriété.

Face à l’émergence de ces data centers dans notre région et aux risques qu’ils posent pour l’environnement, FNE Ile-de-France a décidé de rassembler différents experts du sujet lors d’un événement le 13 novembre à l’Académie du Climat. Cet événement a notamment été l’occasion pour nos intervenants de présenter la situation actuelle des data centers en Ile-de-France, les perspectives pour les années à venir ainsi que les risques qu’ils représentent mais également des pistes pour appréhender leur croissance rapide dans notre région. Découvrez dans cette note de position pourquoi nous estimons que la région Ile-de-France doit s’axer sur la sobriété face à la quantité de data centers sur son territoire.

Qu’est-ce qu’un Data Center ?

Un Data Center est un bâtiment sécurisé contre l’intrusion et les risques naturels et technologiques, abritant différents équipements électroniques (routeurs, commutateurs, ordinateurs, équipements réseaux et télécommunications, serveurs, des contrôleurs d’interface réseau, baies de stockage ou disques durs), des ordinateurs, des équipements de télécommunications. Il sert à traiter, organiser, sécuriser, et conserver des données informatiques.

D’autre part, ils sont dotés de systèmes de distribution du courant électrique, de dispositifs de sécurité et de contrôle de l’environnement (climatisation).

LA CONSOMMATION ÉLECTRIQUE DE L’ILE-DE-FRANCE VA PRESQUE DOUBLER D’ICI 2040, ESSENTIELLEMENT DU FAIT DE L’IMPLANTATION DES DATA CENTERS.

L’Ile-de-France, une zone dense en data centers

  • Il existe environ 170 data centers en Ile-de-France allant d’une surface qui va de 200 m2 (Cogent au sud de Paris) à 66000 m2 (TeleHouse 3 à l’ouest de Paris), soit un peu plus du tiers référencé sur tout le territoire français.
  • La région Île-de-France est l’une des plus attractives d’Europe pour l’accueil des data centers, au 4ème rang européen, derrière Londres, Francfort et Amsterdam, et devant Madrid (Des chiffres qui évoluent très vite). 
DATA CENTERS EN IDF
Source : Répartition des Data Centers en Ile-de-France - Institut Paris Région.

Globalement, de nombreux motifs plaident pour un renforcement de la position de l’Île-de-France sur le marché européen des data centers. Dans un rapport de 2021, le leader international des data centers de colocation Equinix identifie Paris au sein du marché européen, comme le « centre métropolitain qui connaît la croissance la plus rapide et un important écosystème pour les secteurs du transport, de l’énergie et des services publics ». Les raisons principales :

  • Des réseaux de transports divers et nombreux,
  • Des politiques publiques nationales et locales volontaristes,
  • Un maillage électrique fiable,
  • Un réseau dense de sous-traitants,
  • Une bonne qualité de sécurité informatique.

L’impact environnemental

L’écosystème numérique serait responsable de 2 % à 4 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales. En 2040, cela pourrait représenter 7%, bien plus que les émissions prévues de carbone du transport aérien, 4.2%.

Aujourd’hui, plus de la moitié de la population mondiale est connectée. Avec les développements démographiques, économiques et techniques, cette proportion d’utilisateurs, souvent addictifs aux multiples sollicitations numériques générées par les GAFAM principalement, devrait inéluctablement augmenter.

Pour autant, la multiplication des constructions de data centers sous leur forme actuelle, est-elle tenable et compatible avec l’objectif de la neutralité carbone en 2050 ?

Les préconisations de FNE Ile-de-France à propos de l’implantation de data centers en Ile-de-France

  1. A l’aide de matériaux recyclables, construire les data centers avec des normes architecturales de qualité, sur des surfaces industrielles ou résidentielles déjà bétonnées pour éviter les effets négatifs sur la biodiversité, éviter de perturber les écosystèmes et la dégradation des ressources en eau.
  2. Alimenter ces centres de données avec des énergies renouvelables : l’éolien, l’hydraulique ou le photovoltaïque. Les GAFA (sauf Amazon), font déjà tourner les leurs à 100% aux énergies renouvelables. Ils sont conçus avec en prenant en compte la gestion de l’eau et de l’énergie ou la faible production de CO2 dès leur conception. On les appelle les “Green Data Centers”. En complément, ils utilisent des technologies à faible consommation d’énergie et/ou des EnR comme énergie, et qui réduisent donc au mieux leur impact sur l’environnement. Enfin, investir dans des contrats d’achat d’énergie renouvelable peut garantir une utilisation de sources d’énergie propres.
  3. Récupérer et réutiliser la très forte quantité de chaleur émise. L’idée est de tirer parti au maximum des calories émises par les machines pour la valoriser et ainsi en faire de véritables sources de calories. Rejeter cette chaleur en pure perte est un non-sens écologique. Des pompes à chaleur permettent de récupérer les calories sous une forme exploitable. Plus cette élévation de température est faible, meilleur est le rendement. Cette chaleur doit être exploitée quelque soit la saison. Produire de l’eau chaude sanitaire à 65 °C toute l’année est un bon exemple car cela sert aussi en été. Alimenter un réseau de chaleur à 90°C peut sembler intéressant, mais Il y a 2 écueils : le rendement de l’installation est plus faible (plus grand écart de température) et le réseau de chaleur doit fonctionner en toute saison, ce qui n’est pas forcément le cas en été.
  4. Il a été démontré que 77% des serveurs des data centers sont suréquipés (étude Control Up), que des appareils électroniques tournent quelquefois à vide**. Il serait souhaitable que des contrôles extérieurs réalisés par un organisme indépendant, puissent avoir lieu,
  5. Réutiliser et recycler obligatoirement les équipements obsolètes ou défectueux.
  6. Conditionner aux aides de l’État et des collectivités locales, la construction de data centers « vertueux »,
  7. Une grande partie de la population ignore, ou ne veut pas connaitre, les conséquences d’une utilisation déraisonnable de l’internet. Par des campagnes d’informations, les pouvoirs publics doivent sensibiliser et éduquer dès l’école, les populations sur des bonnes pratiques digitales.
  8. Des masses considérables de données stockées en data centers, ne sont jamais utilisées, et donc inutiles (mails, archives, etc …). En revanche, elles sont souvent exploitées à des fins commerciales, et cela participe donc aux consommations d’énergies considérables de ces data centers. Il y aurait donc lieu d’encadrer cette pratique afin que le prix du service tienne compte du coût environnemental.

*En 2019, Microsoft et Naval Group ont inauguré un programme expérimental consistant à immerger en mer des datacenters. Une infrastructure compilant plus 864 serveurs a ainsi été plongée sous 35 mètres de fond au large des îles Orcades, au nord de l’Écosse. L’objectif étant maintenant d’étudier le cycle de vie des serveurs, puis de créer une installation plus grande.

**Facebook a adopté un système (Autoscale) qui réduit le nombre de serveurs allumés pendant les heures creuses. Economie : 15%.

Approfondir sur le sujet : 

  • L’Union européenne souhaite que les data centers soient neutres en carbone d’ici 2030 malgré la croissance prévue en matière de consommation énergétique : devrait augmenter de 28 % d’ici 2030. Un Code de Conduite Européen sur les Data centers a été publié, il partage toutes les bonnes pratiques en vue de verdir ces infrastructures et tendre vers l’efficacité énergétique.

 

Thématique
Agriculture Agriculture
VISUEL DATA

salle

La consommation électrique de l’Ile-de-France va presque doubler d’ici 2040, essentiellement du fait de l’implantation des data centers.

Face à l’émergence de ces data centers dans notre région et aux risques qu’ils posent pour l’environnement, FNE Ile-de-France a décidé de rassembler différents experts du sujet lors d’un événement le 13 novembre  à l’Académie du Climat. Cet événement a notamment été l’occasion pour nos intervenants de présenter la situation actuelle des data centers en Ile-de-France, les perspectives pour les années à venir ainsi que les risques qu’ils représentent mais également des pistes pour appréhender leur croissance rapide dans notre région.

Introduction

Patric Kruissel, référent énergie de FNE Ile-de-France a ouvert la cette rencontre en soulignant l’urgence de comprendre les implications environnementales de cette tendance. 

Etat des lieux des data centers et leur dynamique de croissance (dans le monde, en France, en IDF)

Séverine Laurent de Réseau de Transport d’Électricité (RTE) a présenté un état des lieux mondial, national et régional des data centers. Selon ses informations, la consommation électrique en Île-de-France devrait presque doubler d’ici 2040, principalement en raison de la prolifération des data centers. Ces installations, bien que nécessaires pour la connectivité et le stockage de données, soulèvent des préoccupations quant à leur impact sur l’environnement.

L’implantation des data centers : enjeux d’aménagement du territoire

Cécile Diguet de l’Institut Paris Région a abordé les enjeux d’aménagement du territoire liés à l’implantation des data centers. Elle a souligné la nécessité de trouver un équilibre entre le besoin croissant de ces installations et la préservation de l’environnement, ainsi que de définir des critères d’implantation pour éviter une concentration excessive.

Les enjeux énergétiques des datas center 

Philippe Schmit, Président de la Mission Régionale d’Autorité Environnementale Île-de-France (MRAE IDF), a présenté les enjeux énergétiques des data centers : 

  • L’absence de planification (sous-destination logistique, aucune condition posée à la récupération de la chaleur fatale, proximité avec un réseau de chaleur urbain)
  • Un prélèvement important sur la ressource énergétique (hyperscale = 120 MW, pour rappel moyenne d’un réacteur nucléaire français = 900 MW)
  • Un risque encore insuffisamment documenté lorsqu’une panne systémique intervient (incendie, tempête, grève), aux Ulis, les groupes électrogènes ont fonctionné 270 heures (11 jours) : un risque pour les populations situées à proximité.

CHALEUR FATALE 
L’énergie est essentielle à la majorité des procédés de fabrication et des utilités industrielles, ainsi qu’aux équipements d’autres secteurs d’activité (Data centers). Une proportion parfois importante de la chaleur que produit cette énergie est inévitablement rejetée : air chaud, eaux de refroidissement, condensats de fumée, buées ou vapeur de procédés. On parle alors de « chaleur fatale ». Cette chaleur est dans la plupart des cas récupérable et elle peut devenir une source d’économies d’énergie non négligeable.

À ce stade du projet SDRIF-E, aucun progrès significatif n’a été réalisé en ce qui concerne la planification ou les exigences de récupération de la chaleur fatale. Le dernier avis de la MRAe IdF daté du 2 novembre 2023 concernant le projet Goodman à Tremblay-en-France soulève des préoccupations quant à la compatibilité de l’implantation des centres de données à proximité d’établissements scolaires en raison du rayonnement électromagnétique des lignes à haute tension (2 x 225 000 V) à une distance de 30 mètres d’un lycée. De plus, il mentionne également les intentions non concrétisées d’utilisation de la chaleur fatale.

Etude de cas : l’implantation d’un data center à Wissous (91)

Enfin, Jean-Luc Touly a présenté une étude de cas spécifique, portant sur l’implantation d’un data center à Wissous (91). Cette présentation a illustré les réalités locales et les défis concrets rencontrés lors de la mise en place de telles infrastructures.


Conclusion

L’événement a permis un échange fructueux entre les intervenants et les participants, réflexion approfondie sur la manière de concilier le développement des data centers avec la préservation de l’environnement en Île-de-France. Les conclusions tirées de cet événement devraient contribuer à orienter les politiques publiques et les décisions stratégiques pour une transition vers des pratiques plus durables dans ce secteur en pleine expansions. 
 


Pour aller plus loin 

Nous vous proposons de retrouver l’ensemble des supports de présentation de nos intervenants pour en apprendre plus sur ce sujet qui nous concerne toutes et tous : 

Thématique
Débat et conférence sur les datas centers - On voit des dizaines de personnes assises dans une salle.
Modalités de mise à disposition
Association
France nature environnement Ile de France IDF logo hérisson association militantisme écologie
FNE Île-de-France
Référent

France Nature Environnement réalise un plaidoyer sur les risques industriels en Île-de-France visant à établir une stratégie applicable par les pouvoirs publics allant de la médiation et prévention à la mise en sécurité de sites concernés. 

Plaidoyer risques industriels
Type de publication
Modalités de mise à disposition
Association
France Nature Environnement Île-de-France
Référent