
Les pesticides, un fléau dont nous pouvons nous passer
La France est le troisième pays d’Europe autorisant le plus grand nombre de pesticides et le deuxième en termes de volume absolu consommé. Les webinaires organisés par FNE national ont permis une mise à niveau du réseau sur les effets des pesticides, leur réglementation et les alternatives possibles.
L’agriculture intensive est à l’origine d’une pollution aux pesticides de tous les milieux naturels. Les répercussions de cette pollution sur la santé humaine sont désastreuses. En première ligne se trouvent les agriculteurs, mais on estime à 38 milliards d’euros les coûts du traitement des maladies de la population générale dues aux pesticides dans l’Union européenne (BASIC, 2021). Les effets des pesticides sur les milieux naturels sont tout aussi préoccupants car ceux-ci sont responsables d’une chute de la biodiversité.
Un encadrement juridique insuffisant
Les substances actives composant les produits sont évaluées et autorisées au niveau de l’UE, avec comme objectif affiché de n’autoriser que les substances qui présentent un intérêt manifeste pour la production sans présenter d’effet notable sur la santé et l’environnement (Règlement 1107/2009). Ainsi, l’entreprise analyse les risques de la molécule, puis l’Autorité européenne de sécurité des aliments mène une évaluation scientifique indépendante donnant lieu à un avis public et la Commission européenne examine le dossier et délivre ou non une autorisation de mise sur le marché. Cela comprend plusieurs failles, notamment sur les données retenues par les entreprises dans leur évaluation des risques, la durée d’exposition testée et la non-évaluation de l’impact des coformulants (anti-mousse, antigel, surfactants) et de l’effet cocktail. Les formulations sont un des secrets industriels les mieux gardés et rendent difficile l’analyse de leurs effets sur l’environnement.
Les produits sont ensuite autorisés par les États membres. En France, c’est l’Agence nationale de sécurité sanitaire qui est chargée de délivrer cette autorisation. Cependant, le ministère de l’Agriculture peut contourner des interdictions de produits grâce à la procédure de dérogation 120 jours… ce qui mène à des dérogations régulières, par exemple sur l’usage des néonicotinoïdes dans les cultures de betteraves sucrières. Ainsi, en France, les diverses versions du plan Ecophyto ont toutes échoué à réduire l’usage des pesticides.
Quelle voie de sortie ?
Ce n’est pas une fatalité, comme nous le montre l’agroécologie qui parvient à se passer des pesticides en prenant soin des sols, notamment grâce à une rotation longue des cultures, une diversité cultivée, un maintien de la biodiversité, une mosaïque paysagère (haies) et une réduction de la fertilisation minérale. Toutefois, la bataille ne pourra être gagnée que si les produits issus de l’agroécologie rémunèrent suffisamment l’agriculteur car les rendements sont 30 à 40 % plus faibles qu’avec l’agriculture intensive. La qualité et la sécurité devront être financées.
Plusieurs expérimentations vont dans ce sens comme le fait Eau de Paris avec un dispositif de paiements pour services environnementaux (PSE) permettant aux agriculteurs dont les terres avoisinent les zones de captage de l’eau potable d’être accompagnés dans leur transition vers l’agroécologie. Il est urgent de multiplier les mesures de ce type pour faire respecter la priorité de la santé humaine et environnementale.
Clémentine HENNETIER
Animatrice de groupes de travail à FNE Ile-de-France
Article paru dans notre magazine Liaison N°206. Retrouvez l’intégralité des articles de nos associations membres dans notre édition papier en vous abonnant sur notre page Hello Asso - moyennant la somme de 20 euros l’année (soit 4 numéros).

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