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Dossier
Energie

L’essentiel sur l’impact environnemental des data centers

Publié le 17 novembre 2025

1. Définition et typologie   

Un centre de données est un bâtiment (ou un ensemble de bâtiments) qui permet de stocker des données numériques. Pour cela, le data center est composé de matériel informatique (serveurs de traitement des données, système de stockage des données et une infrastructure réseau pour gérer et sécuriser les communications avec l’extérieur). Des dispositifs logiciels assurent la cybersécurité des données, tandis que des équipements d’alimentation électrique permettent de sécuriser la continuité du fonctionnement de l’ensemble. Le système de refroidissement permet de maintenir la température des équipements. 

Les data centers permettent différentes activités selon le matériel informatique : bases de données, calcul, entraînement d’IA, échange de données, … À chaque envoi d’e-mail, utilisation de services numériques “cloud” ou utilisation d’outils d’intelligence artificielle, des data centers sont mobilisés. 

De nombreux types de data centers et modèles de service existent. Leur classification varie selon leur appartenance à une ou plusieurs entreprises, les technologies qu’ils utilisent pour le traitement et le stockage, et même leur consommation d’énergie. Les principaux types de data centers sont les suivants :

Tableau recensant les différents types de centres de données et leurs besoins, publié par les ministères de l'Economie et des Finances

Les data centers destinés à alimenter l’IA utilisent des GPU (Graphic Processing Unit : un processeur dont l’architecture composée de nombreux cœurs plus petits est adaptée au calcul parallèle). Or, la demande en calcul pour l’IA est multipliée par  10 chaque année et la puissance de calcul pour entraîner les modèles d’IA est multipliée par 2 tous les 6 mois : cela implique une augmentation particulièrement importante de la consommation d’énergie.

Une puce GPU H100 de Nvidia = 700 watts de puissance (l’équivalent d’un micro-ondes).


2. Implantation nationale et régionale    

Il y a au moins 300 data centers répertoriés en France, dont plus de 170 en Ile-de-France, qui est le 4ème pôle d’attractivité de data centers en Europe. Leur développement est soutenu par le gouvernement, qui souhaite «Faire de la France une puissance de l’IA».


3. Impacts négatifs des Data Center    


3.1 Consommation électrique

Ressource : Comprendre la différence entre MW, MWh, MWc et MV 

  • Un gigawatt (GW) mesure une puissance instantanée installée.

  • Un gigawattheure (GWh) mesure une quantité d’énergie consommée sur une période donnée.

À l’échelle mondiale, la consommation électrique des centres de données pourrait passer de 530 TWh en 2023 à 1490 TWh en 2030 (et 3000 TWh en 2035).


3.1.1 Indicateur d’efficacité énergétique    

L’indicateur de puissance énergétique (PUE : Power Usage Effectiveness) indique quel est le ratio entre l’énergie totale consommée par l’ensemble du centre d’exploitation (avec entre autres, le refroidissement, le traitement d’air, les onduleurs…) et la partie qui est effectivement consommée par les systèmes informatiques que ce centre exploite (serveurs, stockage, réseau). Plus le data centers est important, plus le PUE est faible.

Il a été développé à partir de 2007 par le consortium The Green Grid

Le PUE mesure le rendement d’un data center ; il n’est donc physiquement pas possible de descendre Une image contenant texte, capture d’écran, diagramme, logiciel
Le contenu généré par l’IA peut être incorrect.en dessous d’un PUE de 1. En moyenne, le PUE se situait autour de 1,46 en 2023 : un chiffre en amélioration avec un PUE moyen de 1,35 pour les nouveaux data centers. L’Etat souhaite améliorer l’efficacité énergétique de ses data centers.

La chaleur générée par les serveurs peut être réutilisée pour chauffer certaines zones en hiver afin d’améliorer le rendement.

On observe actuellement une augmentation exponentielle des puissances de raccordement, avec des projets de plusieurs dizaines ou centaines de mégawatts, voire au-delà.

En France, les data centers pourraient consommer 50 à 70TWh en 2035.Consommation en Ile-de-France prévue dans l'étude FE 2050 (réactualisée sur les data centers)

En 2040, les data centers d’Ile-de-France pourraient consommer 40 TWh : le tiers de la consommation régionale prévue pour 2040 et la moitié de la consommation actuelle. La consommation d’électricité de toute la région Ile-de-France était de 65,4TWh pour l’année 2024, et devrait atteindre 120 TWh en 2040. 

Pour comparaison : Fin 2024, la puissance du parc solaire photovoltaïque atteint 25,3GW ; la puissance du parc éolien français atteint 25GW (projets en cours d’instruction : 16,5 GW) ; la capacité de production d’électricité avec le biogaz est de 589 MW.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) considère que les data centers pourraient consommer 13 % de l’électricité mondiale avant 2035, contre 1,5% actuellement (415 TWh en 2024). ⅔ de cette consommation sert aux équipements informatiques, et ⅓ pour le refroidissement et les activités tertiaires. (Sources: La Relève et la Peste ; CESE ; ARCEP).

Aux États-Unis, l’essor rapide des data centers alimente la relance des énergies fossiles, avec des data centers alimentés par des centrales à gaz et au charbon. Une image contenant texte, capture d’écran, Police, logiciel
Le contenu généré par l’IA peut être incorrect.

D’après l’AIE, la génération par IA d’une vidéo de 6 secondes à 8 images par seconde requiert environ 115 Wh, soit l’équivalent de la recharge de deux ordinateurs portables.

La loi 15 novembre 2021 visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France demande plus d’engagement de la part des opérateurs de communications électroniques en faveur de la transition écologique et renforce les conditionnalités environnementales pour bénéficier du tarif réduit de la taxe intérieure de consommation finale d’électricité (TIFCE).

Effet rebond : les puces GPU sont de plus en plus efficaces, mais la demande augmente énormément (3,7 millions livrées en 2024). Le PUE diminue mais la consommation d’électricité des data centers augmente, avec des data centers plus gros. D’après le média Bon Pote, ces effets rebonds directs sont souhaités par l’industrie pour rentabiliser leurs investissements en augmentant les usages. «Un seul GPU haut de gamme (par exemple la puce H100 de Nvidia) a une puissance d’environ 700 watts, soit autant qu’un micro-ondes.»


3.1.2 Enjeu d’approvisionnement en Énergie 

La consommation des futurs data centers étant encore incertaine, le dimensionnement du réseau est difficilement prévisible : RTE souhaite anticiper les demandes pour adapter le dimensionnement du réseau. Cela permettrait d’adapter les zones d’implantation et les data centers au réseau (et inversement). Il existe la possibilité pour les opérateurs de conclure des contrats de vente directe d’électricité (PPA : Power Purchase Agreements) avec EDF. Or, les scénarios de planification énergétique, qui tiennent compte des objectifs climatiques, n’intègrent pas l’augmentation importante de la consommation d’électricité par les centres de données, qui pourrait représenter une augmentation de 200 TWh d’ici 2035 en Europe. Consommation totale d'électricité des centres de données en France entre 2020 et 2035 pour les trois scénarios (TWh)Le Projet Régional d’Aménagement (PAR, composante du SDRIF-E, document d’aménagement francilien) indique que les nouveaux projets doivent «tenir compte des capacités du réseau électrique local». Les difficultés d’anticipation des futurs projets pourraient mettre en danger d’autres projets nécessitant un raccordement électrique de grande ampleur, comme ceux participant à la décarbonation de l’industrie française et des transports.

Les data centers accaparent les ressources en électricité, sans flexibilité car ils doivent être constamment alimentés. Ainsi, des conflits d’usage pourraient émerger : c’est déjà le cas en Irlande par exemple.

«Sur le plan opérationnel, les centres de données provoquent déjà des dysfonctionnements du réseau électrique : surchauffe des équipements électriques par surcharge, fluctuations dangereuses de la tension qui peuvent endommager les appareils, perturbations de la qualité du courant électrique, et instabilités du réseau provoquant des variations de fréquence. Lorsqu’une perturbation du réseau pousse un centre de données à basculer sur son alimentation de secours, cela retire brutalement une charge massive du réseau, pouvant provoquer des changements de tension ou de fréquence et potentiellement déclencher des coupures en cascade.» Source : Bon Pote, AIE

Les raccordements au réseau des nouveaux data centers pourraient aussi être un obstacle à la construction de nouvelles infrastructures : les temps d’attente de connexion peuvent atteindre 10 ans dans certains pays.

Depuis août 2025, le dispositif Use It Or Lose It (UIOLI, art. L. 342-24 du Code de l’énergie) permet à RTE de revoir à la baisse la puissance allouée à une infrastructure si elle ne l’utilise pas entièrement.


3.2 Impacts environnementaux et sanitaires    

Des data centers sont parfois construits à proximité d’établissements recevant des publics sensibles : écoles, crèches, EHPAD, … Cela pose particulièrement problème car les data centers émettent des pollutions sonores (bruit permanent) et atmosphériques (lors de l’utilisation des groupes électrogènes). Ils contribuent également aux îlots de chaleur urbaine. Par exemple, le data center de Goodman à Tremblay-en-France est installé à quelques centaines de mètres d’un lycée. 

Les data centers sont alimentés par des lignes à très haute tension (225 ou 400kV) qui émettent des rayonnements électromagnétiques, ce qui peut entraîner des problèmes de santé pour les publics vulnérables. La MRAe Ile-de-France recommande la prudence sur ce sujet (éviter les implantations à côté d’ERP sensibles par précaution) en raison des incertitudes sur les conséquences exactes de l’exposition aux rayonnements électromagnétiques.

Le Projet Régional d’Aménagement d’Ile-de-France indique que les nouveaux projets doivent «tenir compte […] des enjeux environnementaux (ressource en eau, effet d’îlot de chaleur urbain, valorisation de la chaleur fatale, etc.)». Les orientations réglementaires du SDRIF-E obligent les nouveaux data centers à limiter leur impact environnemental (exemplarité énergétique, maîtrise des pressions sur la ressource en eau) et doivent s’insérer dans le territoire urbain ou dans le paysage.

Pour soutenir le développement de data centers les moins nocifs possible et encourager la transparence, le CESE recommande la création d’un «Ecoscore de l’IA». 

Un exemple de data centers affectant directement les personnes vivant aux alentours, aux Etats-Unis. 


3.3 Cycle de vie des Data Centers    

Le cycle de vie des data centers comprend le cycle de vie des bâtiments, mais aussi celui des composants électroniques.

De plus en plus de data centers sont installés dans de nouveaux bâtiments, construits spécialement pour cet usage, souvent sur des friches industrielles (mais parfois sur des espaces naturels, agricoles et forestiers). De nombreux impacts environnementaux sont causés par les travaux de construction des data centers : des risques existent de pollution des sols, des eaux, de l’air et sonore

La construction puis le démantèlement des data centers entraînent l’émission de gaz à effet de serre et la production de déchets : cela doit être pensé en amont, afin d’éviter, puis réduire et enfin compenser les effets de la production de bâtiments. 

Les data centers sont composés de serveurs qui doivent être renouvelés de manière régulière. Or, ils contiennent des substances qui peuvent être dangereuses pour la santé et l’environnement, telles que du plomb ou du mercure. Les data centers génèrent ainsi des déchets dont le traitement peut être difficile ou dangereux : batteries, solvants, réfrigérants, …  Les terminaux et autres équipements, dont le renouvellement s’accélère avec le développement de l’IA, posent aussi problème quant à leur recyclage : leur éco-conception est donc essentielle.

Tous les composants électroniques d’un data center comportent en particulier des terres rares dont l’extraction minières à travers le monde pose des problèmes environnementaux et d’exploitation des travailleurs. La localisation des ressources importantes en terres rares dans certains pays comme la Chine a des impacts socio-économiques et politiques sérieux. Les composants obsolètes (GPU en particulier) sont envoyés dans des décharges en Afrique, ce qui expose encore les populations aux polluants et métaux toxiques Comme l’indique un rapport de l’ONU, la production de déchets électroniques a augmenté cinq fois plus vite que leur taux de recyclage.  


3.4 Pollution Atmosphérique   

Les groupes électrogènes, installés pour prendre le relais de l’alimentation en cas de panne électrique, fonctionnent majoritairement au fuel. Ils doivent être testés tous les mois, ce qui émet inévitablement des polluants (NOx et particules) dans l’air. Cela s’additionne à la pollution environnante déjà émise par les transports, les autres data centers ou les industries environnantes. Cependant, comme ces générateurs sont des équipements «destinés aux situations d’urgence», ils bénéficient d’une grande souplesse. Le fioul servant à les alimenter doit être constamment préchauffé pour être utilisable le plus rapidement possible en cas de coupure de courant. La MRAe d’Ile-de-France relève que le risque de pollution est «encore insuffisamment documenté lorsqu’une panne systémique intervient (incendie, tempête, grève), aux Ulis, les groupes électrogènes ont fonctionné 11 jours : un risque pour les populations situées à proximité».

Par exemple, pour le data center Interxion PAR7 de La Courneuve, d’une puissance de 64 MW8 groupes électrogènes de plus de 6 tonnes chacun peuvent être mis en service. Pour cela, 280 000 litres de fioul sont stockés, et préchauffés.

Pourtant, le réseau français est très fiable : le réseau haute tension a une disponibilité de 99,9995 %, les pannes de plus de 3 minutes survenant moins d’une fois tous les 10 ans (3 à 4 ans pour les pannes plus courtes).

De plus, les recommandations de l’OMS et les nouvelles normes européennes de qualité de l’air pour 2030 n’ont pas encore été transposées. Par conséquent, des équipements très polluants pourraient être utilisés. De plus, les carburants alternatifs ne sont pas encore suffisamment développés pour être utilisables à échelle suffisante et compétitifs économiquement et ne sont pas toujours moins polluants que le diesel. Ainsi, les pollutions causées par les générateurs entraînent une hausse des cas d’asthme.


3.5 Pollution Sonore   

Les data centers sont des infrastructures bruyantes. Leur impact peut être atténué avec des écrans acoustiques ou l’ajout de silencieux aux groupes électrogènes. Cartographie du bruit des transports en Ile-de-France.

Le bruit des data centers peut être entendu jusqu’à des centaines de mètres à la ronde : un bruit constant, particulièrement bien entendu par l’oreille humaine car la fréquence correspond à la voix humaine. Cela peut causer des pertes d’audition, du stress, de l’hypertension, des insomnies ou encore des maux de tête.

Par exemple, pour le data center d’Aulnay-sous-Bois, l’étude d’impact mentionnait une augmentation de 6dB aux abords du site lors d’une situation d’urgence (utilisation des générateurs), après mise en œuvre des moyens d’atténuation. 


3.6 Prélèvement et Consommation d’Eau    

Une fois le data center en service, l’eau sert à son refroidissement (maintien de la température), au traitement de l’air (maintien du taux d’humidité), au rechargement des circuits fermés, au nettoyage et à l’arrosage des équipements techniques des data centers, ainsi que pour les activités annexes (sanitaires, usage par les employés). 

681 000 m3 d’eau ont été prélevés par les data centers en 2023 : +19% par rapport à 2022. L’eau utilisée est souvent de l’eau potable, ensuite rejetée dans les réseaux d’eaux usées ou d’eaux pluviales. De manière indirecte, la production d’électricité utilise aussi de l’eau (notamment les réacteurs nucléaires) : au total, 6 millions de m3 ont été prélevés ou consommés en 2023 pour les data centers, en incluant les consommations induites par la production d’électricité (autant que 100 000 personnes). Les systèmes d’IA pourraient consommer en 2027 entre 4,2 et 6,6 milliards de mètres cubes d’eau à l’échelle planétaire, soit une consommation légèrement supérieure à celle du Danemark.

Dans un contexte de multiplication des sécheresses, limiter la consommation d’eau est un enjeu crucial, d’autant plus les prélèvements en eau augmentent durant les mois les plus chauds et les vagues de chaleur (puisque plus de refroidissement devient nécessaire), donc lorsque la ressource en eau est le moins disponible. 

Plusieurs systèmes de refroidissement existent (Pour plus d’informations sur les systèmes de refroidissement, vous pouvez consulter : AKCP ;  DC Mag ; France Datacenters ; Telehouse ; The shift project) : par évaporation, refroidissement liquide direct, «free cooling», circuits en boucle, immersion des serveurs, …   

Pour comparer plusieurs utilisations d’eau, on peut utiliser l’indice d’efficience en eau (WUE : Water Usage Effectiveness). En moyenne, il se situe entre 0,15 et 0,5 L/kWh. Il peut même être à 0 si le système de refroidissement n’utilise pas d’eau (ce qui est nettement plus énergivore).

En vertu de l’article R111-2 du Code de l’urbanisme, un territoire souffrant de tensions structurelles sur la ressource en eau pourrait être considéré comme n’étant pas propice à l’installation de data centers, sur avis du service public de l’eau local.

Le SDRIF-E comporte des orientations réglementaires et un projet d’aménagement régional. Ces documents demandent de concilier préservation de la biodiversité et développement des activités économiques : préserver les berges non artificialisées, respecter l’écoulement naturel des cours d’eau ; maîtriser la pression exercée sur les capacités de ressource en eau. Ils demandent également la réduction des prélèvements liés aux activités industrielles et une anticipation des conflits d’usage de l’eau pour les nouveaux projets.


3.7 Aménagement du territoire   

Les data centers et les projets sont concentrés : les nuisances aussi. Une grande partie des data centers sont situés en Ile-de-France, dans des zones urbanisées parfois denses.

Dans une perspective de sobriété foncière et de préservation de la pleine terre, il existe un enjeu de réutilisation des sites de data centers existants et des friches en milieu urbain ; et un enjeu d’utilisation optimale des sites de data centers, en extension comme en renouvellement. Il faut aussi s’assurer que les data centers seront intégrés dans le territoire et les activités locales.

Les orientations réglementaires du SDRIF-E mentionnent que les nouveaux data centers doivent être prioritairement installés dans les sites d’activités économiques existants. 35 sites «clés-en-main» en France ont été identifiés par le gouvernement pour accueillir des data centers destinés à alimenter l’IA. Cependant, l’acceptabilité locale n’est pas garantie pour tous.

 Sites identifiés par le gouvernement, avec 4 premiers sites «fast track», dont 2 en Ile-de-France : 

  • au sein de la ZAC des Bordes à Fouju (Seine-et-Marne, Ile-de-France) ;
  • à l’emplacement de l’ancienne centrale EDF de Montereau à Vernou-la-Celle-sur-Seine et La-Grande-Paroisse (Seine-et-Marne, Ile-de-France)


3.8 Contribution au réchauffement climatique    

Le numérique représente environ 4,4% de l’empreinte carbone en France en 2022 (contre 2% en 2019 et 6,7% projetés pour 2040 dans un rapport de 2019) dont près de la moitié est causée par les data centers. En tenant compte des hébergements offshore, les émissions liées au numérique en France passent de 29 à près de 50 MtCO₂e par an. Les émissions du secteur numérique augmentent de 2 à 4% par an en France. Les émissions du secteur pourraient tripler d’ici à 2050 si les tendances actuelles se poursuivent (La Relève et la Peste). Or, les tendances actuelles empêchent toute possibilité d’atteinte des objectifs de décarbonation du numérique en France : «Tenir l’objectif 2050 ne peut donc se faire qu’en limitant l’installation de nouveaux centres de données en France quand bien même notre électricité est relativement décarbonée ; ceci ne pouvant se faire sans une réflexion sur la structuration de l’offre dans la filière centres de données et de ses modèles d’affaires.»

Il est impossible de connaître précisément l’empreinte carbone de l’IA : les quelques informations données par les entreprises proposant des modèles d’IA ne sont pas vérifiables. L’empreinte carbone de l’IA se décompose en deux parties : l’entraînement des modèles, puis l’utilisation pour chaque requête.

Les data centers sont responsables d’émissions de gaz à effet de serre en raison de leur utilisation, mais aussi lors de leur construction.

Les gaz à effet de serre induits paProjection de l'évolution des émissions de CO2 et des ressources utilisées par l'industrie numérique en Francer la production d’électricité par les data centers pourraient passer de 458gCO2e/kWh en 2023 à 312 gCO2e/kWh en 2030 à l’échelle mondiale. 

Si les Etats respectent leurs trajectoires politiques actuelles, cela représenterait 600 MtCO2e d’émissions de GES pour les centres de données dans le monde en 2030, soit des émissions multipliées par 2,5 par rapport aux 250 MtCO2e de 2020.

«À l’échelle mondiale, et à date, on estime que pour les centres de données, la répartition de l’empreinte carbone est la suivante : 75 % pour l’utilisation et 25 % pour l’empreinte embarquée.» En France, en raison du faible coût carbone de l’électricité, la part pour la fabrication des data centers et du matériel qu’ils contiennent est plus importante. 

Les groupes électrogènes fonctionnent au fuel et émettent donc des gaz à effet de serre, parfois autant que le reste de la commune d’implantation.

Les systèmes de refroidissement utilisés sont aussi des sources potentielles de gaz à effet de serre : les gaz HFC utilisés comme réfrigérants ont un pouvoir réchauffant jusqu’à 14 800 fois celui du CO2, lorsqu’ils sont libérés dans l’atmosphère (en cas de fuites).

Enfin, la production d’électricité en France est responsable de 21,3kg CO₂eq/MWh (2024) (moyenne de 292 g dans l’UE (2023)).

Il n’est aujourd’hui pas démontré que le numérique contribue de manière importante à la décarbonation : si les solutions numériques peuvent accompagner les changements, elles ne sont généralement pas pensées pour la transition et nous n’avons pas de certitudes sur les effets futurs de la digitalisation sur le changement climatique et l’environnement.  


3.9 Vulnérabilité au changement climatique et aux événements extrêmes   

Les data centers sont dépendants des infrastructures qui les alimentent : réseaux d’eau, d’électricité, de communication, … qui sont eux-mêmes dépendants des conditions météorologiques et climatiques, et vulnérables aux événements climatiques extrêmes


3.10 Le risque d’incendie dans les data centers   

Le risque d’incendie dans les data centers n’est pas négligeable : les data centers font l’objet d’analyses de risque incendie lors de la préparation du projet. Les batteries au lithium-ion présentent un fort risque d’incendie, en particulier lorsqu’elles sont soumises à de fortes chaleurs.


4. Enjeux d’aménagement du territoire    


4.1 (Absence de) planification    

Le gouvernement a annoncé 109 milliards d’euros d’investissements futurs dans les data centers et l’IA, lors du Sommet de l’IA en février 2025, mais on constate toujours une absence de planification des futurs data centers.

Le gouvernement souhaite soutenir les grands consommateurs d’électricité, en particulier les data centers, avec : 

  • Une réduction fiscale de 10,5 €/MWh pour les grands centres de données, sous conditions de performance environnementale ;
  • Une remise de 5,7 €/MWh sur le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (« TURPE ») pour les sites fortement consommateurs d’électricité qui présentent un profil de consommation prévisible et stable (ce qui est le cas des data centers) ou anticyclique.

Toutefois, le CESE recommande de concentrer les financements publics en matière de recherche et d’innovation sur les IA à finalité directement environnementale et sur les IA «frugales» car les acteurs économiques ont déjà intérêt à financer le développement des IA à finalité d’optimisation des ressources. Il préconise aussi de porter le sujet de l’impact environnemental des systèmes d’IA au niveau international, et de développer l’écoconception et l’usage frugal de l’IA pour la France.

Dans le cadre du Projet de loi simplification vie économique déposé en avril 2024 par le gouvernement, des dispositions pourraient faciliter l’installation des data centers en France, en attribuant le statut de “Projet d’Intérêt National Majeur” (PINM) à ceux d’une surface supérieure à 40 hectares (400 000 m2). Ces data centers bénéficieraient d’une réduction sur le prix de l’électricité, ne seraient pas soumis à la loi ZAN, pourraient être dispensés d’étude d’impact pour le raccordement électrique, et pourraient déroger aux obligations relatives à la protection d’une espèce protégée.

En réponse, La Quadrature du Net et le collectif marseillais “Le Nuage était sous nos pieds” demandent un moratoire de deux ans sur la construction des data centers d’envergure, et la tenue d’un débat public sur le sujet. 

Ainsi, la planification pourrait servir le développement et l’intensification des projets : l’IPR souligne que «les pays qui réussissent le mieux dans ce défi de numérisation des territoires (place des GAFAM, sobriété numérique, contribution financière des acteurs privés aux renforcements d’infrastructures publiques, etc.) sont ceux qui ont entamé une démarche concertée entre acteurs publics de la planification urbaine et de l’énergie.» 

Il faut s’assurer de la résilience des infrastructures (y compris en termes de cybersécurité). En effet, la protection des données vis-à-vis des autres acteurs (Etats qui voudraient avoir accès aux données stockées dans des data centers détenus par leurs investisseurs par exemple) et des risques posés par le changement climatique est cruciale. (Source : France Datacenters)


4.2 Récupération de la chaleur fatale   

La chaleur fatale peut servir à alimenter des réseaux de chaleur ou à produire de l’électricité (et pourrait faire les deux en fonction de la saison). Le supercalculateur Jean Zay du CNRS alimente l’équivalent de 1000 logements de Paris-Saclay ; le data centers d’Equinix chauffe la piscine olympique de Saint-Denis, celui de la banque Natixis alimente les réseaux de Marne-La-Vallée. En Île-de-France, les data centers installés ou en projet depuis quatre ans auraient pu alimenter en chaleur au minimum 1 million de logements. (MRAe)

Pour bénéficier des tarifs d’électricité à prix réduits, la chaleur doit être réutilisée réellement, ce qui n’est pas toujours le cas : des opérateurs affichent cet objectif, mais utilisent une part infime de la chaleur, ou sont positionnés loin des réseaux de chaleur. 

A partir du 1er octobre 2025, un data center de puissance supérieure ou égale à 1MW devra obligatoirement valoriser la chaleur fatale, sauf s’il est démontré que cela n’est pas techniquement ou économiquement faisable. Le Projet Régional d’Aménagement (composante du SDRIF-E) prévoit de mieux valoriser la chaleur fatale. Le CESE préconise la valorisation de la chaleur fatale émise par les data centers. 


4.3 Artificialisation des sols   

Les data centers sont principalement implantés sur des friches industrielles (ils respectent le ZAN et dépolluent le site avant installation). Le CESE demande que les data centers ne soient pas responsables de l’artificialisation et respectent le ZAN.

En Ile-de-France, le SDRIF-E comporte des orientations réglementaires et un projet d’aménagement régional. Ces documents prônent une réduction de l’artificialisation, une sanctuarisation de l’armature verte (espaces naturels sous pression de l’urbanisation) avec interdiction d’urbaniser les espaces boisés et naturels. Il faut aussi limiter les espaces imperméabilisés et appliquer une logique de sobriété foncière en réduisant le rythme d’artificialisation.

Par exemple pour un projet de data center d’Amazon à Brétigny-sur-Orge, la demande d’agrément a été refusée pour cause de non-compatibilité avec le SDRIF et le SRCAE : le projet prévoyait d’artificialiser près de 10 hectares, sans valoriser la chaleur fatale.


4.4 Acceptabilité locale   


4.4.1 Consultation publique et autorisation   

Du point de vue du droit, un data center est un entrepôt. Lors de la procédure d’implantation d’un data centers, le projet est soumis à autorisation environnementale car les data centers sont, la plupart du temps, classés ICPE, en raison des groupes électrogènes et cuves de fioul pour les groupes électrogènes. En Ile-de-France, une autorisation spécifique s’ajoute : l’agrément de l’immobilier.

L’évaluation environnementale est souvent obligatoire pour les nouveaux projets, notamment en raison de la puissance thermique des groupes électrogènes (supérieure à 50 MW). De nombreuses mesures de «simplification» ont été adoptées récemment, accélérant la réalisation des projets de data centers et rendant plus difficile de mener à bien les procédures de concertation et de consultation du public dans un cadre réellement démocratique. De plus, certains porteurs de projets tentent de contourner les règles en réalisant leurs projets en plusieurs tranches : un saucissonnage qui a par exemple eu lieu pour la data center d’Amazon à Wissous. 


4.4.2 Projet général de société    

Arthur Grimonpont interroge l’utilité des DC, qui servent un système économique dangereux.

Agir pour l’Environnement demande la tenue d’un débat public sur les data centers et l’IA.


5. Cadre législatif et réglementaire    

  • Décret tertiaire (juillet 2019) et ses arrêtés d’application
  • Loi économie circulaire (AGEC) (février 2020) : les fournisseurs d’accès à internet «informent également leurs abonnés de la quantité de données consommées dans le cadre de la fourniture d’accès au réseau et indiquent l’équivalent des émissions de gaz à effet de serre correspondant»
  • Loi convention citoyenne sur le climat : feuille de route décarbonation du numérique
    • Améliorer les systèmes de refroidissement et limiter l’utilisation de gaz frigorigènes ; installer les data centers sur des friches industrielles, en utilisant du béton bas carbone ; allonger la durée d’usage des équipements ; valoriser la chaleur fatale ; sensibiliser les clients et le public à l’impact environnemental des data centers ; utiliser des énergies renouvelablescarburants bas carbone et la production d’énergie sur site ; mettre en place une stratégie de fin de vie du service numérique et du jeu de données
  • Loi REEN (novembre 2021) : article 28 sur l’éco-conditionnalité du taux réduit de TIFCE : valorisation de la chaleur fatale
  • Directive relative à l’efficacité énergétique (2023) article 12 : obligation de rendre compte de la performance énergétique et de la durabilité des centres de données. En application de cette directive, la Commission européenne a publié en mai 2024 un règlement délégué sur l’efficacité énergétique des centres de données, qui définit les informations que les exploitants de ces centres doivent fournir à la base de données européenne lorsque la puissance demandée par les technologies installées est supérieure à 500 kW. Doivent être fournis, notamment :
    • Superficie au sol du data centers, puissance installée, volume annuel de données entrantes et sortantes, volume de données stockées et traitées au sein du data centers
    • Indicateurs de performance du data centers pour l’année précédente, au minimum : consommation d’énergie, utilisation de puissance, consignes de température, utilisation de la chaleur fatale, consommation d’eau et utilisation d’énergies renouvelables


6. Points à vérifier pour évaluer les impacts d’un data center   

Consommation électrique et énergie : 

  • Cohérence avec des stratégies nationales de sobriété énergétique : Stratégie Nationale Bas Carbone, Programmation Pluriannuelle de l’Énergie
  • Cohérence avec le PCAET
  • Efficacité énergétique (PUE)
  • Alimentation en électricité : part des énergies renouvelables ; tout en prêtant attention au risque de greenwashing sur la «sobriété énergétique»
  • Résilience du système électrique local et national

Impacts sanitaires et environnementaux : 

  • Analyse du cycle de vie du projet : depuis sa conception jusqu’à la réutilisation du site et des matériels, en passant par la construction, l’exploitation et le renouvellement des matériels
  • Système de refroidissement
    • Efficacité énergétique
    • Consommation d’eau
      • Quantité d’eau prélevée et consommée : Différence entre prélèvements et consommation
      • Origine de l’eau utilisée
      • Contexte de sécheresse ou risque de conflits d’usages
      • Qualité de l’eau à sa sortie
        • Température
        • Qualité chimique (pollutions)
        • Qualité physique (température, turbidité)
  • Impact environnemental sur les écosystèmes environnants (espèces protégées, température, eau)
  • Qualité de l’air environnant et impact de l’utilisation des générateurs (y compris pour les phases de test)
    • Cohérence avec le PCAET
  • Pollution sonore environnante et impact du bruit émis par le data centers
  • Eclairage diminué : éteint ou réduit et lumières tamisées lorsque l’éclairage n’est pas nécessaire
    • En intérieur (économie d’énergie)
    • En extérieur (trame noire, protection de la biodiversité, économie d’énergie)
  • Absence d’artificialisation d’ENAF (SDRIF-E, CESE)
  • Consommation de ressources et de matériaux pour la construction

Aménagement du territoire : 

  • Valorisation de la chaleur fatale, et vérifier que les réseaux sont bien présents ou prévus dès la mise en service du data centers (la valorisation de la chaleur fatale sera obligatoire à partir du 1er octobre 2025)
  • Compatibilité avec le SDRIF-E
  • Compatibilité du permis de construire avec les documents d’urbanisme locaux (SCoT, PLU(i))
  • Artificialisation ou non, en compatibilité avec l’armature verte définie par le SDRIF-E
  • Emprise foncière et emplacement : acceptabilité locale, insertion dans l’organisation urbaine et le paysage

Procédures, acceptabilité locale et consultation : 

  • Respect de la procédure de consultation : enquête publique ou consultation spécifique
  • Le préfet DOIT refuser la demande d’autorisation environnementale dans 3 cas (et peut motiver un refus par ailleurs)
    • L’un des avis conformes nécessaires est défavorable
    • Le projet contrevient à des réglementations (ressource en eau, ICPE, sites classés, zones protégées, alignement d’arbres, …)
    • Le projet contrevient aux règles d’urbanisme

Responsabilité sociétale : 

  • Compatibilité avec la Stratégie Numérique Responsable, que les maires de villes de plus de 50 000 habitants ou présidents des EPCI-FP de plus de 50 000 habitants doivent élaborer
  • Quel usage, quels clients ?
  • Souveraineté (notamment quand les data centers sont détenus par des investisseurs étrangers, qui pourraient exiger d’avoir accès aux données, comme c’est le cas aux Etats-Unis)


7. Ressources complémentaires     

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