Fil d'Ariane
- Accueil
- Je m'informe
- Nos actualités
- Notre positionnement sur Thermo-sur-Seine, projet de méga-incinérateur à Vitry-sur-Seine
Notre positionnement sur Thermo-sur-Seine, projet de méga-incinérateur à Vitry-sur-Seine
Étant donnés les enjeux et risques liés à la mise en œuvre du projet Thermo-sur-Seine, les questions et les préoccupations qui l’entourent restent multiples. Ses impacts prévus sur la santé environnementale, le bien-être et la sécurité des habitants de Vitry-sur-Seine sont particulièrement alarmants. FNE Île-de-France a déposé une série de trois cahiers d’acteurs dans le cadre de la concertation préalable du projet Thermo-sur-Seine afin d’éclaircir les enjeux ignorés par les porteurs du projet.
Dans cet article, nous revenons sur les raisons qui ont poussé la création de ce projet, sa non viabilité due à la non prise en compte d’enjeux croisés et les dangers qu’il représente.
Thermo-sur-Seine, c’est quoi ?
Le projet Thermo-sur-Seine vise à construire un méga-incinérateur de déchets à Vitry-sur-Seine d’une capacité de 450 000 tonnes et une plateforme fluviale à Ris-Orangis. L’incinérateur aura pour objectif d’alimenter le réseau de chaleur de Paris et de 16 communes de la petite couronne.
La chaufferie vapeur réchauffera de l’eau pompée dans la Seine par la combustion de combustibles solides de récupération (CSR), des déchets non recyclables (textiles non valorisables, mousses, refus de plastiques etc.), et de déchets bois. Cette chaleur sera utilisée pour distribuer du chauffage et de l’eau chaude sanitaire dans des logements, des équipements municipaux, des hôpitaux et des immeubles de bureaux.
L’investissement prévu pour ce projet s’élève à 1,2 Mds €. le contrat de concession prévoit une indemnité de fin de contrat de 388M € à la charge de la Ville à laquelle il faut ajouter l’apport en fonds propres à hauteur de 158.6M € en 2032, soit un total de plus de 500M €. Il est évident que cela présente un grand intérêt pour les actionnaires de la SEMOP, le maître d’ouvrage du projet.
Malgré ces coûts conséquents, la durée de vie projetée de Thermo-sur-Seine est relativement courte. En effet, le projet est proposé dans le cadre d’une nouvelle concession de 25 ans. La durée de vie d’un incinérateur est habituellement de l’ordre de 40 à 50 ans. Sur le plan comptable, il est souvent retenu une durée d’amortissement de 30 ans.

Pourquoi ce projet ? Les objectifs ambitieux de la Ville de Paris
La Ville de Paris s’est fixée des objectifs environnementaux ambitieux. La collectivité vise à réduire drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre. Or, le réseau de chaleur grand parisien est aujourd’hui alimenté à plus de 50 % par du gaz, une source d’énergie carbonée polluante au prix élevé et fluctuant. De facto, “le plan climat a fixé un cap ambitieux d’augmentation du taux d’énergies renouvelables et de récupération (EnR&R) du réseau de chaleur pour atteindre 75 % en 2030 et 100 % en 2050.”
Thermo-sur-Seine permettrait à la Ville de Paris de tendre vers ses objectifs en tournant la consommation de gaz de son réseau de chaleur vers la consommation d’EnR&R. Cette transition réduirait les émissions carbones de la collectivité et stabiliserait aussi les factures énergétiques des usagers.
Manque d’approche systémique : un projet non viable
Cependant la Ville de Paris et d’autres acteurs franciliens, dont le SYCTOM et la Région Île de France, se sont engagés dans la réduction de déchets. La mise en œuvre de leurs engagements impliquerait mécaniquement la diminution de leur incinération et de la production de vapeur susceptible d’être intégrée au réseau de chaleur parisien.
A Paris, la production de déchets est en baisse. Elle est passée de 587 kg par habitant par an au début des années 2000 à 433 en 2023. La Ville a aussi des objectifs ambitieux dans ce domaine. Elle souhaite réduire de 100 000 tonnes la production de déchets d’ici 2030, et tripler le taux de valorisation pour atteindre 60 %. Cela entraînerait une baisse très conséquente de l’incinération.
C’est une des raisons pour laquelle le SYCTOM a récemment décidé de diviser par deux la capacité de l’usine d’incinération d’Ivry. Cette décision de baisse de la production a aussi été poussée par une baisse prévue de la consommation de chaleur.
En effet, les mesures prises par le décret tertiaire, inscrit dans le cadre du Grenelle II et de la loi ELAN, et le Plan climatique de la Ville de Paris entraîneront une baisse de la demande en chaleur à court et moyen terme.
Près de 40% des clients du réseau de chaleur grand parisien sont concernés par le décret tertiaire. Or, ce texte réglementaire prévoit l’obligation de mise en œuvre d’actions de réduction de la consommation d’énergie dans les bâtiments à usage tertiaire d’au moins 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050 par rapport à 2010.
D’autre part, le Plan climatique de la Ville de Paris promeut une politique ambitieuse de la en matière de rénovation énergétique des logements visant une diminution des besoins en chaleur. Une étude de l’APUR a mis en évidence une diminution de 28% des consommations énergétiques dans le parc social ayant fait l’objet d’une rénovation.
Il faut donc s’attendre à une baisse conséquente de la vente de chaleur au cours des prochaines années, ce qui pose la question du besoin réel de construction d’un nouvel incinérateur.
La promotion du projet Thermo-sur-Seine démontre le refus d’une approche systémique de la lutte contre le dérèglement climatique. Elle souligne également le poids du lobby pro-incinération qui refuse d’intégrer la nécessité d’une politique de prévention amenant à la diminution voire la disparition des besoins d’incinération.
Un projet polluant, dangereux, anti-écologique, anti-démocratique et non-conforme
Le porteur de projet défend Thermo-sur-Seine comme étant un projet vertueux. Toutefois, les impacts sur la santé environnementale, le bien-être et la sécurité des habitants du futur incinérateur seraient catastrophiques :
- Les rejets de particules fines et ultra-fines dans l’atmosphère sont au cœur des interrogations et inquiétudes des riverains. Les mesures effectuées près de l’incinérateur d’Ivry attestent de la dangerosité d’une telle infrastructure pour la qualité de l’air et la santé des habitants. 500 000 personnes vivent et 170 écoles et des centaines de crèches se trouvent dans un rayon de 4 km autour du site.
- Une augmentation des émissions de CO2, dissimulée dans le dossier soumis à concertation, est à prévoir. Les transports nécessaires pour alimenter l’incinérateur et notamment les cortèges de poids lourds qui sillonneront le bassin versant généreront des quantités très importantes de CO2.
- Le projet se situe dans une zone à risques, à risque sanitaire à cause de ses multi-expositions environnementales (trafic ferroviaire, autoroutier, activités industrielles et construction sur des sols pollués), et en zone d’aléa fort à très fort du plan de prévention des risques d’inondation.
- Des prélèvements d’eau conséquents seront nécessaires au fonctionnement du réseau. En effet, pour fonctionner le réseau prélèvera plusieurs millions de mètres cubes d’eau chaque année.
- Les habitants concernés par ce projet n’ont pas été concertés. veulent être réellement impliqué.e.s pour décider de l’avenir de leur territoire avec des projets utiles, non climaticides et qui ne nuisent pas à leur santé. L’absence de concertation et de prise en considération des impacts sur la santé et le bien être des habitants du Val-de-Marne diffuse le sentiment que leur territoire est instrumentalisé comme le servant de Paris !
- Les coûts du traitement des déchets d’entreprises sera reporté sur les ménages et les contribuables. La réglementation en matière de traitement des déchets définit un cadre précis concernant le financement du traitement des déchets. Les ménages paient une taxe pour que les déchets ménagers et assimilés soient collectés et traités par les collectivités locales. De leur côté, les entreprises financent elles-mêmes la collecte et le traitement de leurs déchets. Les CSR sont des déchets provenant d’entreprises. L’incinérateur de Vitry traitera donc des déchets d’entreprises. Mais, le coût de fonctionnement de l’incinérateur sera payé par les collectivités bénéficiant du réseau de chaleur du grand parisien. Ainsi, dans le cas de l’incinérateur de Vitry-sur-Seine, les contribuables et les clients assureront des coûts censés revenir aux entreprises.
- Des incertitudes, des imprécisions et des approximations ou erreurs juridiques demeurent autour du projet de méga incinérateur. En effet, Thermo-sur-Seine semble en contradiction avec certains documents de réglementation au niveau infra-régional dès lors que ces derniers portent sur la prévention et la gestion des déchets : règlement (UE) 2024/1157, Plan régional de prévention et de gestion des déchets d’Île de France (PRPGD), Programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés (PLPDMA), etc.
Documentation
Article 1 Libération
Article 2 Libération
Article 3 Libération
Arrêté du 23 mai 2016 actualisé fin 2025
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000032575814
Programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés
https://cdn.paris.fr/paris/2024/12/18/plpdma-ville-de-paris-2024-2030-WZzG.pdf
Evolution de la production des déchets à Paris
https://www.apur.org/sites/default/files/documents/dechets_proximite_synthese.pdf
Plan régional de prévention et de gestion des déchets chapitre 3
Etude de l’APUR sur les perspectives du réseau de chaleur de Paaris
Les différents modes de chauffage à Paris
https://www.apc-paris.com/app/uploads/2023/12/notesthematique2_V5.pdf
Prévisions Météo France
https://cdn.paris.fr/paris/2021/09/22/6d6a66155c140789f580a3baa183612f.pdf
Décret tertiaire
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000038812251
Site de la concertation « Thermo Seine »
https://www.thermo-sur-seine-concertation.fr/thermo-sur-seine-3867