En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies

Contactez-nous
RSS
Suivez-nous sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter

EAU
La Bièvre continue à dynamiser les élus
______

img166img164img162

                                                             94 - Fresnes                                                        78 - Haras de Vauptain                                               78 - Buc

L’Union pour la renaissance de la Bièvre (URB) fête, en 2018, le vingtième anniversaire de sa création. Son fondateur, Marc Ambroise-Rendu, avait réuni une trentaine d’associations autour d’un but commun : mettre en valeur le patrimoine naturel de la rivière en améliorant la qualité de ses eaux, en maîtrisant ses débordements et en la remettant à l’air libre dans sa partie aval où elle n’était plus qu’un égout.

Dès le début, l’URB avait demandé que soit appliquée à la vallée une procédure de SAGE (schéma d’aménagement et de gestion des eaux). Il a fallu attendre une dizaine d’années pour que se mette en place la commission locale de l’eau chargée de l’élaboration de ce SAGE. Ce dernier a démarré en 2008. La procédure extrêmement lourde n’a abouti qu’en 2016. L’Union pensait que l’essentiel du travail était fait et que la Bièvre était maintenant sauvegardée. Mais elle a découvert que ce SAGE n’était pas applicable pour l’instant du fait des nouvelles lois (NOTRe, GEMAPI et Grand Paris). Vingt ans de combat pour un résultat virtuel !

Heureusement, les collectivités aiguillonnées par les associations n’ont pas attendu le SAGE pour améliorer la Bièvre. La partie amont a été remarquablement aménagée par le SIAVB (Syndicat intercommunal pour l’assainissement de la vallée de la Bièvre). Ses dernières réalisations sont la création d’une zone humide qui constitue un pôle de biodiversité et permet en même temps de stocker 10 000 m 3 en période de crue à Jouy-en-Josas.

À signaler, également, la remarquable renaturation du ru des Godets, affluent rive gauche de la Bièvre, à Antony, qui était depuis longtemps dans un état déplorable ainsi que la création d’un parc arboré bientôt ouvert au public le long du cours d’eau à Massy. Le SIAVB a lancé récemment un chantier de remise au jour d’un tronçon de Bièvre enterré à Verrières-le-Buisson. Toute la haute vallée de la Bièvre est désormais accessible aux randonneurs grâce aux sentiers et passerelles créés par ce syndicat.

img170

La basse vallée, comprise entre Antony et Paris, a été récemment l’objet d’une réouverture à L’Haÿ-les-Roses (après une autre, il y a une quinzaine d’années, au parc des Prés, à Fresnes). La réouverture de la Bièvre au parc des Coteaux, à Arcueil, a été programmée par le département du Val-de-Marne et devrait être entreprise en 2018. Un petit affluent rive droite de la Bièvre, à Fresnes, le ru de Rungis, a été récemment aménagé en y favorisant la biodiversité, alors que c’était auparavant un cloaque servant souvent de décharge.

Le trésorier de l’URB, Gérard Fabbri, vient d’être élu président de la Marche de la Bièvre, manifestation qui draine chaque année, au printemps, plusieurs milliers de marcheurs. Ils partent à minuit de Notre-Dame de Paris pour rejoindre les sources de la rivière. Dernièrement, l’URB a apporté son appui à une jeune dessinatrice qui entreprend la réalisation d’une bande dessinée romancée sur la Bièvre. La Bièvre possède toujours son pouvoir de fascination.

Tout cela montre que, même si les solutions offertes par la loi sont extrêmement longues et ne débouchent pas forcément sur une amélioration, l’action obstinée des associations a fait changer les mentalités des décideurs dans cette vallée emblématique.


78 - Haras du Vauptain

Alain CADIOU
Président de l’Union pour la renaissance de la Bièvre

©Alain Cadiou

 

 

 

EAU
Le projet de Seine Grands Lacs en Bassée prévu pour lutter contre les inondations est-il adapté à la situation locale ?
______

Le vaste champ d’expansion des crues de la Seine, situé dans la plaine alluviale de la Bassée, en Seine-et-Marne, entre Nogent-sur-Seine et Montereau-Fault-Yonne, constitue un enjeu tant économique qu’écologique qui devra mobiliser les associations locales, siégeant de droit dans la Commission locale de l’eau (CLE) du SAGE « Bassée-Voulzie lancé par le préfet de l’Aube

170 p 18 ou 19 N 2 La Bassée Bras de Seine à Marolles sur Seine Chrisitan WEISS

Les enjeux forts de la Bassée

Dans le cas de la lutte contre les risques d’inondation, l’homme représente l’acteur essentiel de l’évolution. L’équilibre doit être recherché entre le système naturel, la rivière, qui, de temps en temps, manifeste sa puissance, et l’homme qui, dans les périodes les plus calmes, a tendance à venir s’installer sur un territoire potentiellement dangereux. Une solution consiste à montrer, voire à mettre en scène, l’eau et le risque. Ne pas gérer les crues faibles pour montrer que certaines zones sont régulièrement inondées constitue un exemple simple de ce principe. Les enjeux de ce territoire, qui s’organisent autour d’une plaine alluviale exceptionnelle, sont très forts : la protection et la restauration de milieux aquatiques et de zones humides d’intérêt national, la préservation de prairies inondables naturelles et la lutte contre les inondations à l’aval de l’unité hydrographique, en restaurant la fonctionnalité des continuités écologiques, et, enfin, la préservation des eaux souterraines. Ainsi, les mesures associées à la préservation des zones humides se partagent entre entretien, gestion adaptée, connaissance et identification, acquisition foncière, reconquête.

La rivière, un écosystème dynamique

Une rivière constitue un écosystème dynamique qui doit pouvoir fonctionner dans des conditions hydrologiques très diverses — étiages et crues en constituant des exemples — et pouvoir évoluer au fil du temps. Gérer les crues et/ou leurs conséquences par des techniques d’ingénierie écologique nécessite de conserver autant que possible ce caractère naturel tout en utilisant les propriétés mêmes de la rivière pour limiter les conséquences de ces excès. Il convient, notamment, de diminuer le ruissellement sur les bassins versants, de ralentir au maximum les écoulements en amont et de conserver les zones d’expansion des crues.

La biodiversité piscicole

La plupart des espèces de poissons vivant dans la Bassée avant la révolution industrielle sont encore présentes, à l’exception des espèces migratrices qui ont quasiment disparu. Au total, quarante-six espèces de poissons sont observées aujourd’hui sur l’ensemble du réseau hydrographique du bassin de la Seine. Mais leurs peuplements se dégradent de la périphérie vers le centre du bassin, notamment en Île-de-France.

Un phénomène sociétal

Lorsque l’on veut gérer des crues, cet objectif est essentiellement sociétal : les crues constituent un phénomène naturel positif pour les écosystèmes — même si les conséquences environnementales d’une crue sévère sont dommageables. Il y a donc incompatibilité entre le contrôle des crues et le maintien d’un fonctionnement naturel des milieux aquatiques et des écosystèmes qui leur sont associés. Rechercher un compromis apparaît possible en proposant les mesures nécessaires à la protection des populations tout en minimisant les conséquences écologiques et environnementales concernant ces aménagements. La question de l’entretien des ouvrages de protection contre les crues est particulièrement sensible et difficile. Ils ne sont, en effet, sollicités que très rarement, une fois tous les sept ans selon l’établissement public territorial de Bassin Seine Grands Lacs (SGL).

Contrôle des crues et hiérarchie des risques

Le contrôle des crues en un point particulier nécessite donc une réflexion sur l’ensemble de la partie amont du bassin versant pour trouver des solutions efficaces. Il demande également une réflexion sur l’ensemble de la partie aval pour étudier les conséquences potentielles des actions. Cette nécessaire solidarité amont-aval est souvent difficile à mettre en œuvre. Les communes, souvent rurales, à l’amont des bassins versants ne comprennent pas que les communes, souvent urbaines et « plus riches », de l’aval leur demandent des efforts pour contrôler les ruissellements. Une réflexion globale sur la rivière et sa mise en œuvre dans le cadre d’un schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) permet d’agir à la bonne dimension spatiale. Le SAGE Bassée-Voulzie, en cours d’émergence, devra concilier cet enjeu socio-économique d’équilibre qui doit satisfaire à l’objectif du bon état des masses d’eau.

Évaluation économique des services de régulation

Lors d’une crue, l’eau se déverse dans le lit majeur de la rivière, partie qui n’est inondée qu’en cas de crue. Les surfaces inondées stockent ainsi un grand volume d’eau et forment les champs d’expansion des crues. Ces champs d’expansion rendent service à l’homme en retardant et en atténuant la pointe de crue et en limitant les dégâts causés par celle-ci, notamment sur les zones urbaines.

Deux approches ont été utilisées pour évaluer ce service : le coût des dommages évités et le montant des travaux nécessaires pour se protéger d’un volume d’eau équivalent à celui stocké par les champs d’expansion. Il s’agit, le plus souvent, du coût de construction d’un barrage dont la durée de vie est estimée à cent ans.

Le bénéfice économique issu du service d’écrêtement des crues des zones humides est assez homogène entre les différentes etudes, mais celui-ci se révèle plus élevé lorsque l’on utilise la méthode des coûts de remplacement par rapport à la méthode des dommages évités. La manière dont la société réagit face à la disparition d’un service rendu — remplacer le service par une infrastructure artificielle, se protéger contre les conséquences de cette perte ou subir les dommages — est donc primordiale. Les bénéfices seront plus élevés si les enjeux protégés se trouvent être l’agglomération parisienne et non pas un quartier d’un village de la Manche !

Ainsi, pour la plaine alluviale de la Bassée, le commissariat général du développement durable évalue économiquement le rôle d’écrêtement des crues par le coût de remplacement (travaux nécessaires pour se protéger), de 185 à 570 €/ha/an et par le coût des dommages dus à l’inondation de 113 à 163 €/ha/an pour un champ d’expansion de 6 500 ha.

En conclusion, au regard de ces chiffres et de cet argumentaire, il est préférable de préserver, de privilégier et de conforter le champ d’expansion des crues de la Seine dans la Bassée en raison des multiples fonctionnalités qui en découlent, plutôt que de construire de nouveaux ouvrages dans son lit majeur, dont le coût élevé d’exploitation devra être supporté par la collectivité.

 

Stanislas LAMARCHE
Nature Environnement 77

Go to top
JSN Boot template designed by JoomlaShine.com