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Des centaines de végétaux et des serres de travail ont déjà été détruits pour une extension du stade de tennis Roland Garros.etat actuel fin 2016

L'audience de jugement au fond sur le bien-fondé des héritiers Formigé à défendre l'intégrité de l'œuvre architecturale et paysagère de leur ancêtre a conclu le 3 novembre dernier que les arrière-petites-filles de l'architecte n'avaient pas « qualité à agir ». Elles ont été condamnées à payer 40 000 euros de dédommagement, une somme ahurissante, du jamais vu!

Un passage en force très violent

Alors que les avocats de la Fédération Française de Tennis (FFT) ne cessent de dire dans leurs requêtes que l'œuvre de M. Formigé est respectée et qu'il n'y a pas atteinte à son intégrité et au droit moral de son créateur, les juges du TGI déclarent que « Formigé n'a pas fait œuvre de création relevant du droit moral » !

Venant après la douche froide du Conseil d'État du 3 octobre, le message est clair : Vous les citoyens de ce pays, comment osez-vous vous opposer aux géants que sont la FFT et la ville de Paris !

Cette longue série de combats pour la défense de la nature, du bois de Boulogne, et de la création architecturale n'est pas terminée, elle a connu des hauts et des bas, elle démontre le fossé qui se creuse entre les attentes de la population et la justice de ce pays.

Prendre au sérieux les projets alternatifs

A cela s'ajoute que cette extension n'est pas nécessaire pour les futurs jeux olympiques de 2024, que les fédérations de tennis régionales demandent la disposition d'un territoire bien plus ample, qui ne peut donc se créer sur le bois de Boulogne.

Cerise sur le gâteau, l'extension a minima est possible en couvrant l'autoroute de Normandie, comme cela a été fait par la couverture du périphérique pour le Parc des Princes.

La notion d'intérêt général dans notre pays a besoin d'être réformée afin de prendre en considération la somme des intérêts des individus touchés par un projet comme c'est le cas dans les pays anglo-saxons. Depuis six ans que le combat associatif dure, il n'est pas près de s'arrêter !

C'est avec l'affaire du Triangle de Gonesse, le « Notre Dame des Landes » des Franciliens.

Le contexte pré-électoral est propice pour ne pas lâcher le morceau !

Paris Nature Environnement
FNE Ile-de-France

Natacha Polony : «le zombie festif en son royaume»
Home FIGARO VOX Vox Societe Par Natacha Polony Publié le 16/09/2016 à 19:59

LA CHRONIQUE DE NATACHA POLONY - Le projet de construction en Île-de-France d'un complexe gigantesque de loisir et de commerce, véritable temple à la gloire du consumérisme, parachève le bétonnage de la région.

Connaissez-vous EuropaCity ? Non ? C'est normal. Les élus et les promoteurs tremblent à l'idée que ce projet d'un gigantesque complexe de loisirs et de commerce au nord-est de Paris ne devienne un « nouveau Notre-Dame-des-Landes ». Alors que font-ils? Ils font vivre la démocratie locale pour éviter les procès en illégitimité futurs ? Non. Ils avancent en silence. Ils imposent le projet en espérant atteindre sans heurts le point de non-retour, le moment où l'on se dit qu'après tout, puisque les bulldozers sont déjà là… Cette semaine a été présenté le compte rendu du débat public tenu depuis mars 2015. Enfin, public… le moins possible. Mais il fallait bien concéder cela à quelques associations. Résultat : un modèle d'équilibrisme qui va permettre au projet de se poursuivre après « quelques amendements ».

Et ce constat sublime : « Le projet EuropaCity porte une vision de l'évolution de la société qui n'a pas fait l'unanimité. » Résumons donc. La richesse maraîchère de l'Ile-de-France n'est plus depuis longtemps qu'un folklore d'ouvrages culinaires. Qui se souvient encore des asperges d'Argenteuil ? Pourtant, les terres entourant Paris étaient les plus fertiles. Vergers, maraîchage… Il y avait là de quoi nourrir l'innombrable plèbe urbaine. Mais il n'en reste presque plus rien. Peu à peu, les dernières fermes ont été vendues, les dernières terres agricoles recouvertes de goudron, de supermarchés et de parkings aménagés. Ah, si, il reste quelques champs du côté de Gonesse. Aussi de grands esprits ont-ils décidé de venir à bout de ces résidus des temps anciens. Un génie, dans le groupe Auchan, a imaginé de bâtir là un complexe pharaonique. Hôtels, restaurants, cinémas, centres commerciaux… Allez, soyons fous, on vous met aussi une piste de ski - pardon, un « snowpark » pour « freestylers »

Et puis, est-ce pur cynisme ou bien faut-il y voir le stade ultime de la stupidité progressiste et de son art de transformer le vrai en faux, on ajoutera même une « ferme pédagogique ». On présente le projet à Jean-Paul Huchon, alors président de la région Ile-de-France, qui trouve ça formidable. Manuel Valls, Nicolas Sarkozy, tout le monde est emballé. Les maires aussi. Il faut dire qu'Immochan, la filiale immobilière du groupe Auchan, sait trouver les arguments : 30 millions de visiteurs par an, dont 6 millions de touristes, 12 000 emplois créés. Le nirvana de l'élu local. Avec l'argumentaire directement issu du cerveau de marketeurs drogués à la boursouflure langagière : une «expérience à 360°» avec « show-émotion », « sun-émotion », « Xtrm-émotion » (traduction pour les ploucs et les plus de 25 ans : « émotion extrême »). Bien entendu, le projet est « écoresponsable ». D'ailleurs, le groupe invite les Franciliens à le « coconstruire ». Comme le précise le sociologue payé pour l'occasion, EuropaCity « anticipe des formes possibles de rupture dans nos modes de vivre » (sic). Bienvenue dans le cauchemar orwellien. Toute personne à peu près saine d'esprit serait saisie d'un doute. On prétend donc que 30 millions de personnes, 6 millions de touristes par an, se transformeront en ces « déambulateurs approbatifs » que moquait Philippe Muray, et viendront dépenser l'argent qu'ils n'ont pas (pour ce qui est des Français) et se pâmer devant ce qu'ils auront pu voir à Dubaï ou n'importe où ailleurs. Quintessence du consumérisme festif, Disneyland sans le prétexte de la souris à grandes oreilles.

Les zombies contemporains s'ennuient, ils ont besoin de distraction. Il a fallu attendre la toute fin du débat public pour que soit produite une étude contradictoire mesurant le nombre d'emplois détruits dans l'ensemble des centres commerciaux existant déjà alentours.

Résultat : de 12 000, on passe à 1 200 emplois créés. Au mieux. Peu importe. La région Ile-de-France, désormais présidée par Valérie Pécresse, a rendu en juillet un avis favorable au projet EuropaCity. Pardon, un « feu vert conditionnel ». Traduction : on a compris que tout cela est une aberration environnementale, une promesse de saturation des axes routiers (pas grave, on bétonnera encore pour élargir les routes) et un mensonge pur et simple en matière économique, on a compris mais on le fera quand même. Parce que c'est moderne. Parce qu'on est « tourné vers l'avenir ». Une fois que tous les élus auront validé dans l'indifférence médiatique, on sera tout étonné que des citoyens contestent leur décision.

Remettre en cause la démocratie représentative et ses merveilleux rouages ? Quel populisme ! La révolte des derniers humains qui refusent le destin de zombies consuméristes infantilisés leur semblera violente. Elle n'est pourtant qu'une trace de vie.

Natacha Polony

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